La perturbation de l'approvisionnement énergétique mondial s'est imposée comme la crise économique majeure du moment. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, risque une fermeture en raison des tensions militaires. Le président Trump a appelé les nations alliées, dont le Royaume-Uni, la France, le Japon et la Corée du Sud, à déployer des navires de guerre pour sécuriser cette route stratégique. Le Premier ministre Starmer a déjà répondu à cet appel, signalant la disponibilité britannique à participer à cette mission. Il ne s'agit pas simplement d'un problème logistique maritime : le risque est que ces perturbations se propagent aux économies européennes sous forme d'un nouveau choc inflationniste, au moment précis où les banques centrales commencent à peine à assouplir leur politique monétaire.
Le secrétaire d'État à l'Énergie Ed Miliband a indiqué que le gouvernement était prêt à intervenir directement sur les factures énergétiques des ménages si les hausses de prix devenaient insoutenables. Cette position révèle l'anxiété réelle concernant l'impact sur le coût de la vie à l'approche de l'hiver. Les prix du pétrole et du gaz ont déjà connu une hausse marquée, et tout blocus prolongé du détroit transmettrait ces pressions directement aux prix à la consommation dans l'UE et au Royaume-Uni en quelques semaines.
Les tensions entre le gouvernement et les distributeurs de carburant illustrent l'impasse politique entourant les prix de l'énergie. Des exploitants indépendants comme Goran Raven insistent sur le fait qu'ils ne spéculent pas mais souffrent aux côtés de leurs clients, pourtant accusés publiquement de pratiquer des prix excessifs. Ce conflit reflète un problème plus profond : lorsque les prix des matières premières s'envolent en raison d'événements géopolitiques incontrôlables, tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement subissent des dommages réputationnels et des critiques, même si leurs marges se resserrent. Cette situation crée les conditions pour d'éventuels contrôles des prix gouvernementaux ou des taxes sur les surprofits si la crise s'aggrave.
Le défi politique pour l'UE et le Royaume-Uni est considérable. Contrairement aux crises énergétiques antérieures, celle-ci survient alors que la croissance reste fragile et que les taux d'intérêt demeurent restrictifs. L'inflation semblait se refroidir, mais une perturbation prolongée des approvisionnements pétroliers moyen-orientaux ranimerait immédiatement les pressions tarifaires et forcerait les banques centrales à reconsidérer leur trajectoire d'assouplissement. Pour les marchés, les risques sont doubles : soit les routes maritimes sont rapidement sécurisées et le choc demeure temporaire, soit l'escalade impose des arbitrages douloureux entre la protection de la croissance et la maîtrise d'une inflation renaissante.
Ces développements sont fondamentaux car les chocs énergétiques constituent l'une des rares forces exogènes susceptibles de dérailler les prévisions économiques du jour au lendemain. Si le détroit reste contesté pendant des mois, les perspectives de croissance européenne subiront une révision à la baisse tandis que les anticipations inflationnistes se redresseront, compliquant le pivotement progressif de la Banque centrale européenne vers une politique plus accommodante. Pour le Royaume-Uni spécifiquement, l'intervention sur les factures énergétiques signale que le gouvernement est prêt à sacrifier ses objectifs de consolidation budgétaire si nécessaire, un signal qui pourrait peser sur la livre sterling et les marchés obligataires dans les mois à venir.